mercredi 28 mai 2014

Les européennes, l'abstention et moi.


Quand je vois les scores du FN j'ai peur. Quand je vois ce que donne le FN au pouvoir (les quelques exemples des municipalités où ils ont été au pouvoir sont assez édifiants), j'ai peur. J'ai peur qu'un jour je ne puisse plus lire, écrire, voir ce que je veux. J'ai peur de la folie de ce parti. J'ai peur pour les gens qui ne rentrent pas dans la "norme", les étrangers-ères, les homo, les bi, les trans, les roux-sses, les gros-sses, les handicapé-e-s ... J'ai peur pour les milliers d'immigrés que nous accueillons chaque année. J'ai peur pour tous les immigrés intégrés et même pour ceux qui ne le sont pas. J'ai peur pour les enfants d'immigrés, pour les enfants d'enfants d'immigrés. 
J'ai peur de la haine. J'ai peur du manque d'amour. J'ai peur du désespoir. J'ai peur de la bêtise. J'ai peur de l'ignorance. De la facilité. Le FN me fait très peur. Il m'a toujours fait peur. Et je ne comprends pas que les gens n'aient plus peur, au point de ne plus aller voter

" Si c'est juste pour empêcher ces connards de passer, je ne vois pas l'intérêt d'aller voter. "

Quand je discute avec certains de mes amis, le même discours revient souvent. La politique ça les saoule, c'est toujours la même chose, ils sont tous pourris. Que ce soit mes amis "éduqués", qui ont fait de longues études ou ceux qui sont censés l'être moins, ils ne se sentent pas représentés. Aucune homme/femme politique ne les transcende vraiment. Il y a une vraie lassitude. Souvent pour eux choisir entre un mec de l'UMP et un mec du PS au second tour revient à choisir entre la peste et le choléra. Si je peux bien comprendre cet argument, je ne le comprends plus quand il s'agit des européennes. Dans ma circonscription (nord-ouest), il y avait 22 listes, VINGT DEUX. Si on prenait la peine de se renseigner un minimum sur les différentes listes, on pouvait forcément en trouver une qui vous intéressait en dehors des partis traditionnels. Dans le cadre de ces élections c'est trop facile de dire que ce sont "tous les mêmes" et qu'on ne sent pas représenté. Trop facile. 

Puis - et c'est le corollaire du premier point - il faut laisser sa chance aux autres partis. Certes, on bouffe de l'alternance droite conservatrice / socialiste (grosso merdo) depuis à peu près la naissance de la Vème République, n'empêche qu'il existe d'autres partis politiques, d'autres formations qui ont des idées à proposer. Je pense évidemment à EELV mais aussi pourquoi pas au MODEM, au Front de Gauche et aux 16 autres listes présentes lors de ces élections européennes dont vous n'avez même pas pris le temps de lire le programme. Puis si vraiment personne ne vous intéresse, qu'est ce qui empêche de vous engager à votre tour ? La France est un pays libre (pour combien de temps encore ?), la jeunesse est foisonnante d'idées. Pourquoi ne pas créer son parti, son association ? La pire des choses c'est pas de ne pas se reconnaître dans les partis traditionnels, c'est de ne pas se sentir concerné.

Certains disent aussi qu'on manque d'informations sur le sujet des européennes. Cet argument est totalement valable pour les personnes de plus de 50 ans qui n'ont pas grandi avec Internet. Quand il s'agit d'aller trouver le dernier épisode de Game Of Thrones, tout le monde y arrive mais quand il s'agit de se renseigner sur l'avenir politique de notre pays et de l'Europe, plus personne bizarrement ne connaît Google. Le taux d'abstention chez les moins de 35 ans est record (plus de 70% de mémoire). Hey les gars vous n'allez pas me dire que vous regardez encore les informations à la télé pour savoir ce qui se passe dans le monde ? 

Le sous-titre de ce point est une phrase qui vient d'un ami à moi. Sur le coup je n'ai pas réagi car j'étais très en colère et j'aurais pu dire des choses que je regrette. Je suis toujours très en colère contre les abstentionnistes. Quand je repense à cette phrase, elle me fait mal. C'est comme un poignard dans le coeur. Et je pense que malheureusement pas mal de gens pensent comme lui. 
On peut ne pas se sentir représenté, on peut ne pas adhérer au système politique, aux magouilles, on peut penser que ce n'est pas l'idée qu'on se fait de la démocratie, n'empêche que je pense quand même que ça vaut le coup d'aller voter même si c'est "juste" pour empêcher le FN de passer. Je repense à mes cours d'histoire, je repense au régime nazi. Je pense aux dictatures, aux régimes totalitaires, à 1984 de George Orwell. Je pense aux ukrainiens qui avaient aussi à élire leur président ce dimanche et qui n'ont pas pu parce que les milices pro-russes empêchaient l'accès aux bureaux de vote. Combien d'entre eux auraient aimé être à notre place, nous qui pouvions aller aux urnes tranquillement et qui avions une pluralité de choix ? 
Et moi je me dis que même si c'est à contre-coeur, même si un jour je ne me sentais plus représentée, j'irais toujours voter pour contrer ces connards, parce que ça vaut la peine, parce que j'aime ma liberté, j'aime mon pays et qui sait ce qu'il adviendra de nos libertés si un jour ils arrivent au pouvoir ?

Plantu.


" Plutôt que d'être aigri j'ai décidé d'agir "

Parce que c'est aussi facile finalement de dire qu'on ne vote pas parce qu'on ne se sent pas représenté et que si c'est juste pour empêcher ces connards d'arriver au pouvoir ça sert à rien, quand on ne fait rien à côté. Okay tu ne vas pas voter pour toutes ces raisons, mais qu'est ce que tu fais pour changer les choses alors ? Qu'est ce que tu fais pour empêcher ces connards d'arriver au pouvoir ?

Honnêtement, j'ai longtemps pensé que mon vote suffisait. Je me suis rendue compte ce dimanche que je faisais quand même partie de ces gens qui râlent le soir des élections, qui ont envie de pleurer, qui ont mal à leur France mais qui le reste du temps ne se bougent pas trop pour leurs convictions. Oui je suis bien allée à quelques manifs, je m'informe, je partage, je débats parfois mais dimanche soir je me suis rendue compte que ce n'était sans doute pas suffisant si je veux que le FN n'arrive pas au pouvoir. 
Je n'ai plus envie d'être comme ces millions de français qui pleurent le soir des élections en découvrant que notre pays est raciste, et reprennent une vie normale le lendemain en oubliant que le racisme, la xénophobie, l'homophobie, la transphobie, le sexisme (...) ce sont des combats de tous les jours.

Alors j'ai réfléchi et je réfléchis encore. J'ai bien évidemment pensé à m'engager dans un parti politique, seulement ma liberté d'expression m'est chère, j'ai l'impression que m'encarter c'est y renoncer un peu. 

Puis je me suis renseignée sur Internet et j'ai trouvé ça BleuBlancZebre. Il s'agit d'un site de mobilisation citoyenne. L'idée : présenter un projet via une asso et proposer ensuite à l'internaute des actions concrètes pour y participer. 

"Désespéré face à la montée du Front national, lassé par les politiques, Alexandre Jardin a décidé de réagir. Plutôt que de se plaindre, l'écrivain a co-fondé le mouvement "Bleu Blanc Zèbre", qui propose aux citoyens de lancer un projet, chacun à son niveau, pour que les choses avancent."


Ecologie, culture, emploi... il y a possibilité d'agir dans tous les domaines et ça fait du bien. 

Je trouve l'initiative plus qu'intéressante mais je réfléchis encore à comment m'engager au mieux, en accord avec mes convictions, pour faire bouger les choses. 

Pour plus d'infos sur Bleu Blanc Zèbre, un article du fondateur Alexandre Jardin.
La page Facebook du collectif et le Twitter.

Pour avoir une idée de ce que donne le FN au pouvoir : 

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