dimanche 5 juillet 2015

Système patriarcal ?

La dernière fois en cours, on a discuté séduction, harcèlement de rue, limites. Le prof, un homme d'une cinquantaine d'années nous disait qu'il était un peu perdu sur ce qu'il était encore possible de dire aux femmes ou de ne pas dire. On passera sur le fait que j'avais envie de lui demander pourquoi il avait ce besoin sans cesse de "complimenter les femmes". Moi je passe pas mon temps à dire aux mecs que je trouve à mon goût qu'ils le sont. Le mec se fout probablement royalement de mon avis sur son physique quand il prend le métro un lundi à 18h.
S'en est suivie une discussion avec mes petits camarades et quand j'ai lâché qu'on vivait dans un système patriarcal, l'un d'entre eux m'a répondu qu'il n'y avait pas de système patriarcal et que ce n'est pas parce que quelques uns étaient des gros cons que tout le monde (tous les hommes) étaient comme ça.

Depuis j'y ai repensé et je me suis interrogée. Je me suis remise en cause. Est ce que les féministes sont parano ? Est ce que le système patriarcal n'existe pas ?

Le système patriarcal c'est un système, une organisation sociale dans laquelle l'autorité est détenue par les hommes. 

Je me suis demandée si nous vivions dans ce système-là, si les hommes dominaient vraiment, si l'autorité était détenue par les hommes.


Ce sont les femmes qui se font violer. 


On a tous cette image de la nana qui rentre un peu tard chez elle un soir et qui se fait violer par un inconnu barge dans une rue sombre. Tout le monde a ce cliché. 

91% des victimes de viol sont de sexe féminin
Dans 74% des cas la victime connaît son agresseur.
Dans 67% des cas le viol a lieu au domicile de la victime ou du criminel (oui le viol est un crime). 
96% des agresseurs sont des hommes. 
Et tant qu'à faire valser les clichés, 91% des agresseurs sont de nationalité française. 

"Le violeur n'est très majoritairement ni étranger, ni célibataire (vivant seul), ni asocial, ni impulsif. Dans la plupart des cas, il est parfaitement intégré à la société, marié (ou vivant maritalement) avec des enfants. Le statut socio-économique n'est pas du tout un facteur déterminant."


Vous l'aurez compris, le violeur c'est "Monsieur Tout Le Monde". Les violeurs ne sont pas des barges asociaux, des déglingués, ils ne sont pas fous. Ils sont juste le fruit d'un système où on ne leur a pas appris qu'une femme avait le droit de dire non et qu'il fallait respecter sa parole. 
Je vois déjà certains hurler : "moi je suis un homme et je ne suis pas comme ça", mais grand bien te fasse et tant mieux. Je n'ai pas dit que tous les hommes étaient des violeurs en puissance, juste que le système dans lequel on vit n'incite pas les hommes à respecter les femmes. C'est un fait de société, ce que toi tu es personnellement je m'en fous.

La dernière fois au travail (entourée de mecs) deux hommes discutaient du fait qu'il était difficile d'éduquer des filles, qu'il fallait les protéger (sous couvert de : le premier qui la touche je lui pète la gueule). On fait grandir les filles avec l'idée qu'elles sont de potentielles victimes mais JAMAIS on n'enseigne aux garçons à ne pas être agresseur, à ne pas être dominant. J'avais envie de leur demander à ces deux hommes s'ils avaient pensé à éduquer leurs garçons. Je me doute que ça ne doit pas être évident à imaginer (toujours le fameux "on n'est pas comme ça") mais le violeur étant Monsieur Tout Le Monde, il est possible que votre fils en soit un. 

Le viol ce n'est pas une nana qui hurle à la mort, qui pleure. Le viol est plus insidieux que ça. C'est la nana un peu bourrée qui n'a pas dit clairement oui et pas clairement non mais "on y va quand même". C'est le mec dans le couple qui insiste et qui finit par se passer du consentement. C'est la nana qui change d'avis deux minutes avant et le partenaire qui n'en tient pas compte.

[ATTENTION CONTENU SENSIBLE VIOL]




Les images sont issues du Projet Crocodiles. Je vous invite à lire TOUT LE BLOG. 


Ce sont les femmes qui subissent le harcèlement de rue. 


La dernière fois un chiffre qui fait froid dans le dos : 100% des femmes déjà harcelées dans les transports parisiens.
Et le reste du monde découvre la réalité. La réalité c'est que le seul fait d'être femme, seule, dans la rue, vous expose à tout un tas de harcèlement. Du regard insistant aux attouchements, les agressions sont variées.

Toutes mes amies sans exception en ont été victimes un jour ou l'autre. Les témoignages sur Internet pullulent. Le fait d'être habillée sexy ou pas ne change rien. Le simple fait d'être femme et dans la rue suffit (les recherches sur l'espace urbain et comment il est dominé par les hommes sont passionnantes)
Le harcèlement de rue ça va du "hé mademoiselle !" au "hé t'es bonne ! salope !", aux sifflements, aux attouchements, au mec qui te suit jusque chez toi, jusqu'à l'agression sexuelle. 

Pendant longtemps on a toutes pensé que c'était normal, que c'était comme ça, on a grandi avec le "faites attention à vous les filles" (toujours ce truc de faire des femmes de potentielles victimes sans éduquer les garçons). Puis il y a peu, j'ai pris conscience que ce n'était pas normal d'avoir toujours une boule au ventre quand je rentre chez moi un peu tard le soir, d'avoir peur de croiser un mec quand je rentre chez moi, de sentir mon coeur battre plus vite quand un mec marche derrière moi, de mettre un jean quand il fait chaud juste parce que j'ai peur de l'agression en rentrant chez moi.

Ce n'est pas normal que les femmes aient à subir ce harcèlement. Ces cas ne sont pas des cas isolés de quelques connards mal éduqués, c'est le fruit d'un système dont TOUTES les femmes sont victimes. 











Ce sont les femmes qui gagnent 20% de moins que les hommes.


Je vais pas m'étendre là-dessus pendant des plombes, tout le monde le sait, rien ne bouge. On a tendance à considérer que les femmes sont moins douées, qu'elles partiront forcément en congé maternité un jour ou l'autre. Il y a ce putain de plafond de verre que certaines arrivent à défoncer au marteau mais ça reste encore compliqué. Il y a encore et toujours seulement 26% de femmes au Parlement, 17% de femmes PDG.
Tout cela est le fruit de deux choses combinées. Premièrement, ce truc insidieux de la société qui fait que la majorité des gens pense qu'une femme est moins compétente qu'un homme. Deuxièmement, on n'apprend pas aux petites filles à s'affirmer, à se mettre en avant, à assumer leurs choix et leurs idées.

Apprenez à vos filles qu'elles peuvent être autre chose que femme au foyer, pute ou institutrice. Laissez la traîner dans la boue, porter les cheveux courts et s'habiller tout en bleu si ça la chante. Idem pour les garçons, laissez le aimer le rose et avoir envie de devenir danseur. Ne réduisez pas votre enfant à son sexe et au genre que la société lui attribue, laissez le être ce qu'il veut. Ne considérez pas que certains métiers sont réservés aux femmes et d'autres aux hommes. Si aujourd'hui il y a plus de femmes infirmières que d'hommes infirmiers, c'est parce qu'on considère que les qualités de l'infirmière (la gentillesse, l'écoute, la douceur...) se retrouvent plus chez la femme, alors que rien biologiquement ne justifie ça. Posez-vous la question, ma fille a-t-elle quelque chose dans ces gènes, dans ces chromosomes qui lui fait aimer le rose et les paillettes ou est ce moi qui en l'abreuvant de jouets et de vêtements de cette couleur depuis qu'elle est née qui l'ait façonnée ? 

Laissez à vos enfants le choix. Habillez les de toutes les couleurs, montrez leur à quel point la diversité est chouette. Laissez leur la possibilité de jouer auw cowboy un jour et à la princesse le lendemain. Laissez-les rêver, imaginer, créer et découvrir leur personnalité. Sans diktat. Parce qu'en enfermant les enfants dans des cases prédéfinis dès le plus jeune âge on leur ferme le champ des possibles. On apprend aux petits garçons à être forts, à ne pas pleurer, à se mettre en avant, à courir dehors, à jouer dehors, à utiliser l'espace (en jouant au foot, au rugby ou ce que vous voulez d'autres), à se battre, à se défendre (tu seras un homme mon fils), tandis que les filles sont plus facilement cantonnées aux jeux d'intérieur, aux jeux "calmes", à faire "comme maman", à lire. Encore une fois, rien biologiquement ne justifie cette séparation dans les jeux et attitudes. 

Elevons les enfants loin des stéréotypes et peut-être qu'un jour on aura plus d'hommes instituteurs et plus de femmes PDG.



Ce sont les femmes qui subissent la majorité des diktats 


Sois belle, plais aux hommes hétéros, pense à comment tu pourrais faire pour leur plaire, sois une salope au lit avec ton mari/fiancé/copain, mais pas dans la vie de tous les jours, et surtout pas avec un inconnu d'un soir, d'ailleurs évite d'avoir trop d'histoires d'un soir, sois une bonne maman, fais les compotes toi même, bios si possible, achète des couches lavables, réussis ta carrière professionnelle, mais n'écrase pas les autres, ne sois pas vulgaire, jamais, ne pète pas, ne rote pas, fais en sorte de sentir toujours bon, la transpiration c'est dégoûtant, ne sois pas viril, même pas un petit peu, mais tu peux être un peu androgyne parfois, c'est sexy d'être androgyne, tant que tu restes sexy ça va, taille des pipes, réalise les fantasmes de ton homme, ton corps n'est là que pour lui plaire et le satisfaire, épile toi, tes poils sont moches, maquille toi, sans mascara tu es moche, achète des tas de crèmes anti-vergeture, anti-cellulite, ton corps est moche, consomme, toujours plus, et tais-toi, si tu l'ouvres un peu trop tu es hystérique, chiante, reloue, fais du sport, mais pas trop, et pas n'importe lequel, certains sports sont vraiment trop masculins puis faudrait pas que tu sois trop musclée, surtout des bras, rentre dans du 36, mais ne fais jamais de régime, c'est chiant une fille au régime, on aime les bonnes vivantes, mais reste mince quand même, sois sexy, toujours, sois sûre de toi mais sois fragile aussi un peu pour qu'un homme puisse venir te sauver de temps en temps, l'homme hétéro a besoin de sentir qu'il te protège et non l'inverse, ne l'oublie pas, prends garde à ne pas trop t'émanciper quand même, aime le shopping, aime choisir des vêtements et t'habiller, tu peux être lesbienne et te taper des meufs mais juste comme ça pour voir, et pour exciter le mâle hétéro, porte des talons hauts, ça galbe les jambes les talons hauts, ne met pas de jupe longue tu es une extrémiste, mais fais gaffe si elle est trop courte tu es une pute, ne te balade jamais torse nue, tes seins, ton corps est forcément érotique, TOUT LE TEMPS, ta chatte doit être lisse et tes lèvres parfaites, ni trop grosses, ni trop petites, jouis d'accord mais seulement avec un pénis dans le vagin ou dans le cul, ne dis jamais non, n'oublie pas les hommes ont des besoins.






« Les gens qui décrient le porno parce qu’il montre une image de la femme soumise, j’ai envie de leur dire : allumez la télé, regardez les pubs, on n’a pas besoin du porno pour avoir l’impression que les femmes doivent être soumises et qu’elles sont complètement [chosifiées].
Si on s’en prend au porno, comme on s’en prend aux jeux vidéo pour la violence, c’est juste parce qu’on a besoin d’un bouc émissaire pour dire « ah ben ça, c’est ce qui a amené ça dans la société », alors qu’au final, c’est la société qui a créé ça ! Mais se remettre en question au niveau de la société, c’est compliqué. Taper sur ce sur quoi tout le monde tape déjà à la base, c’est plus simple. »




Je vous laisse conclure ce que vous voudrez à propos du système patriarcal,


4 commentaires:

  1. Bel article. Très bonne vidéo aussi. Je ne crois pas avoir grand chose à rajouter. Merci de m'avoir donné à réfléchir ;)

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    1. Si ça peut amener juste une ou deux personnes à réfléchir ce sera déjà formidable !

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  2. Bravo pour cet article qui résume bien ce qu'on vit tous les jours. Aussi, je pense que la plupart des mecs, voire des femmes de générations plus âgées ne se rendent pas comptent de ce qu'on peut vivre au quotidien dans la rue, ou alors il faut que l'histoire soit énorme pour qu'ils prennent vraiment position.
    Par exemple, quand on parle de harcèlement de rue, souvent je dis que je trouve ça étouffant, que j'en ai marre de devoir me préparer à être Superwoman au moment de sortir, même en pleine journée, afin de pouvoir supporter des commentaires les jours où on est aussi un peu down, je vois que ça ne fait pas écho dans la prise en compte et la compréhension des faits (sans aller jusqu'à parler d'empathie), chez plein de gens pourtant ouverts d'esprit, "jeunes" etc.
    En revanche, quand je leur raconte que je me suis faite insultée par un taxi pressé (je traversais au piéton vert, en rentrant chez moi un peu tard il n'y a pas si longtemps, le taxi chauffard a failli m'écraser en me jetant au visage un "tu finiras bientôt sous les roues d'un taxi, salope" ) , tout le monde s'insurge, mais en le ramenant au comportement général des taxis. Alors que le problème est le propos en lui-même dont l'agressivité et le sentiment de surpuissance masculine ajouté à la considération de la femme comme un objet sexuel, peut se retrouver dans la bouche de bien d'autres. En gros, c'est comme si beaucoup ont du mal à accepter ce qu'ils ne vivent pas, d'où sans doute une partie de la difficulté à faire évoluer les mentalités...
    Enfin, il y a tellement à dire sur le sujet!!!

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    1. Oui le sujet est très vaste et sans fin (malheureusement!). Pour les gens plus âgés, je pense que pour eux il s'agit d'un comportement "normal", ils ont grandi comme ça et personne n'est venu remettre ça en cause...
      Quant aux jeunes, je pense que tant qu'on ne le vit pas, on ne peut pas comprendre. Des fois quand je vois mon copain qui rentre tard le soir je me dis que j'aimerais avoir cette capacité à juste sortir et à ne pas me soucier de ce qui pourrait éventuellement se passer... La rue ne te fait pas peur. Ca doit être vraiment agréable comme sensation. Bon je ne dis pas que je sors terrorisée de chez moi, mais plus il est tard plus je suis en jupe, moins je suis rassurée ... ! Et c'est compliqué de faire évoluer les gens là dessus parce que ça passe par l'éducation, la prévention, c'est tout un système à remettre en cause, il ne suffit pas juste de dire "c'est pas bien de faire ça !". C'est très compliqué je trouve.

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