vendredi 24 octobre 2014

Au début.

Au début c'est facile. Ca l'est forcément. Ca doit l'être. Même quand c'est compliqué, c'est facile. Au début, l'autre est forcément formidable. Il est cet espèce d'être sexuel, hyper sexuel que vous avez envie de manger, de grignoter, de dévorer, tout le temps. On n'est jamais vraiment rassasié. Le corps de l'autre est une vraie drogue. On va dans les bars à deux, boire trop. Parce qu'être à deux suffit. Parce que ça fait dire des bêtises. Parce que ça désinhibe. Parce que ça enlève la gêne, la timidité. Le rosé nous fait plus parler que d'habitude. Dehors il pleut, mais on s'en fout, on se dit que c'est comme dans les films. 

Vous voulez tout connaître, tout savoir de cet autre. On rit beaucoup. Pour rien. Comme des gosses. Les discussions jusqu'à 3h du matin sur l'oreiller sont extraordinaires. Tout ce que fait l'autre est formidable. Mais évidemment vous ne voyez que le meilleur.  Même quand l'autre vous montre ses défauts, vous ne voyez que le beau. Parce que tout est beau. Tout. Absolument tout. Même les pets au lit sont drôles. 
On oublie tout. On ne veut rien savoir du dehors. Tu n'as pas touché à ton portable depuis 24h mais peu importe. La réalité t'importe peu. Ta réalité à toi c'est celle que tu vis toi là maintenant et elle est formidable. 

Les premiers "je t'aime" sont savoureux, uniques et sonnent comme une douce mélodie à l'oreille.  
On espère un peu que ça va durer. On se dit qu'on ne refera plus les mêmes erreurs qu'avec les autres. Qu'avec lui, ce sera forcément différent, mieux, qu'on ne se laissera jamais aller. Qu'il ne nous verra pas avec de la morve dans les cheveux et du vomi sur la joue. Jamais. Promis juré. On fera des efforts toujours. On ne mettra pas de culottes moches et de jogging informes. Même en hiver. On ne parlera pas de ses flatulences, de gastro ou de ses règles. On se dit qu'on sait comment ça fonctionne, qu'on ne se laissera pas avoir, on ne tombera pas dans les mêmes pièges. On n'est pas comme les autres nous. On se croit invincible, intouchable. 

Au début c'est facile de s'aimer. Même quand la situation est compliquée. Même quand on hésite, on ne sait pas, on se pose des questions. Au début c'est forcément formidable. Les guilis dans le ventre. Les papillons au moindre sms. Les souriais niais. Les petites attentions permanentes. Se surpasser pour essayer d'être tout le temps drôle, intéressant. Faire des trucs insensés. Traverser une ville entière à 2h du matin juste pour le rejoindre. Aller chez lui même quand il se lève le lendemain à 5h du mat pour aller bosser. Prendre un train, une voiture, un vélo, un avion, pour le retrouver juste pour quelques heures. Offrir des tas de cadeaux inutiles. Se baigner à 23h dans la mer un 10 décembre. Prendre des risques. Tenter le tout pour le tout.

Puis, la vie, le naturel reprend son cours. 
Très vite, on s'installe ensemble parce que ça sert plus à rien d'avoir deux apparts quand on rentre chez soi juste pour faire sa lessive. Parce qu'on ne va pas payer deux loyers quand même.  C'est encore formidable. C'est tous les jours formidable.
Puis vient l'hiver. C'est votre deuxième, troisième, quatrième, dixième, cinquantième hiver ensemble. Tu sors moins. Tu as moins envie de rosé. Finalement boire du chocolat chaud sous un plaid en regardant un film c'est bien aussi. Vous n'allez plus dans les bars juste à deux. Puis les jogging c'est confortable quand même. 
Parce que tu finis par avoir une gueule de bois monstrueuse ou être malade. C'est comme ça qu'un jour à 5h du matin tu te retrouves la tête dans les toilettes avec l'autre qui te tient les cheveux et entre deux morceaux tu lui demandes en bafouillant et en pleurant s'il t'aime toujours. 
Le soir quand tu enfiles ton pyjama en pilou-pilou, il est là et te sourit, il te prend dans ses bras. 
Vous faites moins l'amour qu'avant. Il est fini le temps où vous le faisiez partout, à n'importe quelle heure du jour ou de la nuit. Tu te poses des questions : est ce que je l'aime vraiment ? Est ce que c'est ça l'amour ? Tu doutes. Tu fais le point avec toi-même. Tu en parles à l'autre. Tu prends conscience qu'en fait peut-être vous n'étiez pas invincibles, que vous êtes comme tout le monde. Des cons amoureux qui essaient de le rester. La culpabilité et la jalousie font leur entrée dans ta vie. Parfois tu as envie de tout envoyer péter. Mais l'autre il est là, parce qu'il te connaît par coeur, parce que ça fait des années qu'il calme tes angoisses, tes peurs, même les plus horribles et les plus incongrues. Parce qu'il t'aime même quand tu vomis en jogging. Parce qu'il a encore la force de te prendre dans ses bras tous les soirs, parce qu'il le fait par plaisir. Sans se forcer. Juste parce qu'il aime ça. Vous avez vos trucs à vous, votre complicité, vos rites. Ils sont stupides mais on s'en fiche ce sont les vôtres.

Vous avez pris le temps de construire quelque chose qui vous ressemble, et tant pis si ça ne rentre pas forcément dans les cases que vos amis, votre famille, la société, l'Etat voulaient pour vous. Vous avez construit quelque chose qui vous épanouit, quelque chose dans lequel vous vous retrouvez tous les deux. Quelque chose qui fonctionne. Pas tous les jours. Pas toujours bien. Mais la plupart du temps ça marche. 
Oui la routine est là. 
Ce n'est pas parfait, mais ça ne pourra jamais l'être de toutes façons. 
Le secret ce n'est pas les portes jartelles, ni de s'offrir des cadeaux tout le temps, ni de se dire quinze fois par jour qu'on s'aime. Le secret (pour moi) c'est de se dire les choses. Toujours, tout le temps. Pas tout se dire. Mais être honnête. D'abord envers soi et ensuite envers l'autre. C'est de se souvenir pourquoi vous l'avez aimé au début, pourquoi c'était si formidable. De se souvenir que la personne en face de vous est à la fois votre meilleur(e) ami(e), votre amant(e), votre confident, votre compagnon. C'est lui qui se couche tous les soirs près de vous. Vous partagez votre vagin, votre clitoris, votre pénis, vous lui confiez vos couilles mais vous n'êtes bien souvent pas capables de lui dire que vous avez des doutes, que vous êtes perdu, que vous l'aimez, que c'est aussi à lui de faire la vaisselle, que la poubelle doit être sortie le mardi soir, que vous avez envie d'autres choses, que vous voulez tenter les fessées, que vous n'aimez pas la marque de céréales qu'il achète. Les choses du quotidien et celles plus importantes. Oui ce n'est pas évident. Personne n'a dit le contraire.

Le vrai défi c'est de toujours réussir à se dire les choses, et se les dire vite pour ne pas que ça s'envenime. Le vrai défi c'est le quotidien, cette routine qui s'installe que tu le veuilles ou non. Au début c'est facile de dire je t'aime, de se le dire droit dans les yeux en y croyant très fort. Mais c'est après, quand tu vis avec l'autre, quand tu vis le quotidien, quand il faut aller faire des courses, quand tu dois faire la vaisselle, passer la serpillière, quand tu rentres du boulot complètement crevée, que tu peux dire si tu l'aimes vraiment. Avant c'est trop facile. C'est trop facile de s'aimer quand il n'y a que le meilleur.  Le vrai défi c'est de continuer à avancer ensemble, à rire ensemble, à pleurer ensemble, en jogging ou en pyjama, devant un film le samedi soir à 22h, en buvant du chocolat chaud, sans la passion, sans les formidables débuts. 


LA période formidable. Jack ne tiendra jamais les cheveux de Rose pendant qu'elle vomit. La tristesse.
Oui j'ai conscience que ceci est un GIF Titanic.

1 commentaire:

  1. Je découvre ton blog par hasard, voilà un article qui me donne envie de continuer à le lire :) Bisous !

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